Une femme à Berlin, Anonyme
Aujourd’hui, je termine la lecture de ce livre dont j’avais entendu parlé sur France Inter peu avant les fêtes. J’avais été tellement bouleversée par la chronique de la journaliste, que j’avais décidé de l’offrir à deux personnes à Noël, étant ainsi à peu près sûre d’en récupérer un pour le lire à mon tour !
« Une femme à Berlin » est le journal, tenu par une anonyme berlinoise, durant deux mois, du 20 avril au 22 juin 1945. Il ne s’agit donc pas d’une sortie récente.
Nous ne savons de cette anonyme que peu de choses. Elle a une trentaine d’années à l’époque, et elle était journaliste. Elle a parcouru une bonne partie de l’Europe avant la guerre, ce qui lui a permis, entre autres, d’acquérir quelques notions de russe qui lui seront rapidement utiles.
Au début du journal, les Russes (ou plutôt les Soviétiques) sont aux portes de Berlin, mais n’y sont pas encore entrés. Elle nous décrit le quotidien des bombardements, la cohabitation dans les caves, la débrouille pour se nourrir, les longues files pour avoir de l’eau.
Et puis, les Russes arrivent, les Ivan, comme elle les nomme, et ce quotidien se transforme. Il ne faut plus se protéger des bombes, mais des hommes. Ils violent toutes les femmes. Rares sont celles qui y échappent. Elle raconte ces nuits d’angoissent de savoir qui va rentrer chez eux, et combien ils seront. Alors, elle réfléchit et se dit que tant qu’à être violée quotidiennement, autant choisir celui qui le fera. Et elle part à la recherche d’un gradé, pensant qu’il lui offrira une sorte de protection contre les autres. Et elle y arrive, grâce essentiellement à ses connaissances du russe. Ainsi, en échange de son corps, elle obtiendra non seulement cette protection, car les autres n’osent plus aller sur le territoire du gradé, mais en plus, il y aura alors de la nourriture et de l’alcool à profusion. Et puis, le gradé part, il faut en trouver un nouveau.
Peu à peu, les Russes vont disparaître (des rues), et un semblant d’administration va réapparaître. Il faut nettoyer Berlin, et elle va se mettre au travail avec acharnement. L’eau va revenir, les tickets de rationnement aussi. La nourriture se fait à nouveau rare. Elle maigrit. Mais un semblant de vie reprend. Un homme, un Hongrois, souhaite monter une maison d’édition. Elle va se démener pour l’aider.
Il ne me reste que quelques pages à lire, je le sais. Qu’est-ce qui fait que ce journal s’arrête ? Et tout à coup, on comprend. L’amoureux d’avant-guerre revient. Le mot viol est prononcé, le journal est lu. C’est insoutenable. Pour lui. Elle s’arrête là…
À la lecture, ces deux mois, racontés simplement, presque sans amertume ni émotion vive, nous semblent durer bien plus. Si bien qu’au final, on a quasiment l’impression de lire en même temps qu’elle vit. Et là, on réfléchit différemment. À l’école, on nous apprend la guerre. La guerre était chez nous, dans notre pays qui a été dévasté, toutes nos familles en ont souffert, peu importe leur histoire personnelle. Nous étions les victimes. Et tout à coup, on se retrouve projeté du côté des méchants. Des méchants ? Non, tout simplement d’un peuple qui a lui aussi subit, et qui en a payé le prix fort. Je vous laisse lire les quelques passages que j’ai sélectionnés pour vous.
Ce livre est une grande richesse. Une grande richesse humaine. Et on se rend compte que l’écriture de ce journal a sauvé en quelque sorte cette femme. Cela aurait pu lui coûter cher, et elle le savait, mais elle a su camoufler son journal en faux dictionnaire russe-allemand.
Un livre à découvrir de toute urgence !
Vio

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