Encre sympathique, Patrick Modiano

Je referme le dernier Modiano, et je suis toujours sous le charme. Une belle histoire qui, pour moi, dure depuis plus de vingt-cinq ans déjà…

Encre sympathique, c’est du Modiano. Tous les éléments sont là : une enquête qui devient une quête, une disparition, des changements de lieux et d’identité, des bottins, des petits carnets, des cafés parisiens, la Savoie, des noms dont on pense se souvenir… La fuite, du temps, de la mémoire, du corps.

Et puis, les fragments de puzzle qui s’emboîtent peu à peu, mais dont il manque toujours une pièce. Le présent et le passé se mêlent l’un à l’autre dans une sorte de transparence, et chaque instant que j’ai vécu dans ma jeunesse m’apparaît, détaché de tout, dans un présent éternel. Est-ce l’auteur ou son personnage qui parle ? Tout se mêle, comme à son habitude, ses propres souvenirs à ceux de son personnage (pour en savoir plus, il faut lire Un Pedigree, qui nous dévoile ses fragments de vie personnelle qui sont ancrés (encrés…) dans ses romans).

L’histoire est simple : Noëlle Lefebvre a disparu. Le narrateur est à ce moment, employé dans une agence de détective, et doit retrouver sa trace avec le XVème arrondissement de Paris pour point de départ. Le manque d’éléments ne lui permettra que peu de rencontres et de pistes. L’affaire sera vite mise de côté. Mais en trente ans, des détails vont continuer à surgir ponctuellement, car le narrateur ne s’est jamais défait de cette histoire qui ne lui semble pas si étrangère. Trente ans plus tard, il prend sa plume pour écrire ces quelques 130 pages…

Oui, les souvenirs viennent au fil de la plume. Il ne faut pas les forcer, mais écrire en évitant le plus possible les ratures. Et dans le flot ininterrompu des mots et des phrases, quelques détails oubliés ou que vous avez enfouis, on ne sait pourquoi, au fond de votre mémoire, remonteront peu à peu à la surface. Surtout ne pas s’interrompre, mais garder l’image d’un skieur qui glisse pour l’éternité sur une piste assez raide, comme le stylo sur la page blanche. Elles viendront après, les ratures.

Bonne lecture à tous.

Vio

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